Irréductibles Karens 12

Le lendemain matin, nous partons rejoindre un autre village.
Il ne pleuvra dorénavant que la nuit, et nos journées seront chaudes et accablantes. De part et d’autre de la rivière, nous croisons d’immenses bosquets de bambou; parmi les plus grands qu’il m’ait été donné de voir à ce jour. Leurs troncs brun et jaune se penchent au-dessus du courant. Les feuillages vert tendre frémissent au vent et découpent des horizons frangés.
Quelle plante extraordinaire que le bambou ! Quelle aubaine ce dut être pour l’humanité naissante… et même encore aujourd’hui pour les habitants des forêts. Un tronc droit et circulaire, à la fois souple, léger et extrêmement résistant. Matériau de construction idéal pour les structures, les colonnes, les planchers, les murs, et même les nattes, lorsqu’il est coupé en lanières. Son tronc creux et sa résistance à la pourriture lui donnent des qualités de flottaison exceptionnelles. Rien de tel pour fabriquer un radeau, un quai, un pont, ou un ponton. Aucune autre plante n’est aussi pratique pour servir de tuyau, de canalisation, de gouttière. On le remplit de nourriture pour la cuisson à la chaleur, on le perce pour en faire des pipes, on le coupe jeune pour s’en faire une canne à pêche ou un bâton de marche. Imaginez, ses pousses sont même bonnes à manger ! S’il ne devait y avoir qu’une seule espèce de plante sur la terre, alors, le bambou serait de loin mon premier choix.

Au prochain village, nous nous installons dans le petit centre de santé communautaire récemment construit. Un bijou d’architecture tropicale, véritable décor de cinéma. Colonnes de bambou qui supportent la structure de bambou, planchers de bambou tressé, murs de bambous laissant filtrer des lanières de lumière qui nous transforment tous en zèbres noir et jaune. La terre à nue autour de la maison reflète également le soleil sous le plancher. Illuminé par le dessous, un corridor suspendu à un mètre du sol traverse le bâtiment dans sa longueur. De part et d’autre de cette passerelle ajourée, s’ouvrent deux grandes salles. Légèrement plus élevées que le passage, elles servent de banc, de salle de travail et de dortoir. Au bout du corridor, également surélevé, l’espace cuisine dont une partie s’étend en galerie à l’extérieur. Un toit de chaume ajoute la touche finale à cette construction végétale. Je ne distingue ni clou, ni vis. Tout est assemblé avec des lanières de rotin.

Sous la galerie arrière, attaché au pilier par une laisse de corde, un gibbon au pelage doré est couché sur le dos, se laissant frotter le ventre par un jeune karen.
Le soir venu, nous nous allongeons sur les nattes de jonc. Les hommes d’un côté du corridor, les femmes de l’autre. Je prends grand soin d’accrocher mon moustiquaire et de m’assurer qu’il est absolument étanche entre le plancher et la natte. En effet, la région est infestée de moustique, et les données du projet qui me sont transmises régulièrement montrent bien que la malaria est la principale cause de maladie et de décès auprès de la population. D’ailleurs, une bonne part du projet vise à sensibiliser les habitants aux méthodes de protection dont, évidemment, les moustiquaires.

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— Vous n’installez pas vos moustiquaires ? Je suis absolument sidéré de voir Sonny et ses acolytes s’étendre ainsi, sans protection, sur leurs nattes. Et dire qu’ils sont les responsables du projet, les formateurs. Quel exemple !
Pour toute réponse, je n’ai droit qu’à un demi-sourire à la fois de paresse et de culpabilité sans repentir.
Encore une fois, l’évidence me saute aux yeux. Il est facile de dispenser des sessions de formation… il est difficile de changer des mentalités et des habitudes.

Mais les moustiques y arriveront, là ou la crainte de la malaria a échouée. Peu de temps après avoir éteint de fanal, j’entends un claquement de mains, puis un autre. Quelqu’un se retourne, se lève. On rallume le fanal et installe les moustiquaires.
— Vraiment beaucoup de moustiques ici, marmonne Sonny en ma direction.

Nous sommes revenus hier à H.H., et j’ai beau interroger Sonny, je n’obtiens que de vagues réponses sur l’horaire de mon éventuel retour, d’abord au chef-lieu, puis en Thaïlande. Autant en profiter pour visiter un peu les alentours.

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