Irréductibles Karens 16

Le guide nous fait signe de nous accroupir. Un peu plus difficile, cette fois, puisque nous avons de l’eau jusqu’aux mollets. Le walkie-talkie fait à nouveau entendre son crépitement. Enfin une réponse. Les deux guides se sont avancés un peu en avant de nous et scrutent je ne sais quoi à travers la végétation. La conversation radiophonique se poursuit. Serions-nous près du but ? Aurions-nous retrouvé notre chemin ?
Foulard Bleu revient vers nous.

— Il faut attendre dix minutes.
— Savez-vous au moins où nous sommes ?
— Oui, oui, nous sommes rendus, annonce-t-il, soulagé. Il faut attendre le camion. Il ne faut pas bouger avant mon signal, mais lorsque je vous le dirai, vous me suivrez rapidement.
Nous serions donc rendus. Je ne vois vraiment rien devant… A ce moment, j’entends le bruit d’un moteur, provenant de notre droite. Il s’amplifie juste devant nous, puis s’éloigne dans l’autre direction.
Ça alors ! Nous sommes à moins de vingt mètres de la route. La conversation reprend au walkie-talkie, tandis que notre position accroupie dans le ruisseau devient de plus en plus inconfortable.
— Attendez mon signal, répète Foulard Bleu, de crainte que le bruit du moteur nous incite à avancer vers la route.
Le bruit s’estompe. De longues minutes s’écoulent à nouveau. Puis, un autre véhicule approche par la droite. Cette fois, il passe tout doucement à notre hauteur, alors que notre guide à la casquette s’engage à nouveau dans une conversation au walkie-talkie. Ce serait donc notre véhicule ? Mais l’attitude de Foulard Bleu indique clairement que ce n’est pas encore le moment de bouger.
Le bruit s’éloigne, jusqu’à disparaître complètement. Quelques instants plus tard, il reprend, cette fois de la gauche.
— On y va, lance Foulard Bleu en s’élançant, Flelen et moi sur les talons.

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La route est maintenant très visible, surélevée d’un mètre au- dessus de notre ruisseau. Juste au moment de sortir de la forêt, à deux mètres de la route, je vois le premier guide s’enfoncer dans la rigole qui nous sépare du remblai. Il perd presque pied et passe à un cheveu de s’étaler dans l’eau, walkie-talkie y inclut. Et pour cause, dans la tranchée, il y a un mètre d’eau !
Dégoulinants et boueux, nous rejoignons notre véhicule. Il faut faire vite. En moins de deux, les bagages sont balancés à l’intérieur et nous sommes repartis. Ni vus ni connus— enfin… peut-être pas tout à fait incognito… Notre chauffeur- chef-de-sécurité est particulièrement inquiet de l’incident avec les fermiers thaï. Je crois comprendre que Foulard Bleu tente de minimiser l’incident.
Puis, prenant conscience de notre présence et de notre état, le chauffeur se tourne vers nous :
— Un peu plus long que prévu, bredouille-t-il. Vous n’êtes pas vraiment arrivés à l’endroit convenu…
Puis, comme pour s’excuser, il ajoute :
— Où désirez-vous que je vous dépose ?
Helen donne le nom de l’auberge où elle désire s’installer jusqu’à demain. Quant à moi, je m’enquiers des horaires d’autobus pour Bangkok.
— Vous voulez rejoindre Bangkok aujourd’hui, s’étonne Foulard Bleu ? Il y a un autobus qui part à… Oh ! Nous avons tout juste le temps de rejoindre le terminus.
Quelques phrases en karen échangées avec le chauffeur, et celui-ci semble appuyer un peu plus fort sur l’accélérateur.
— Voilà votre bus, m’indique Foulard Bleu, alors que nous approchons de la gare. Vous devez acheter votre billet à l’intérieur.
Les adieux seront brefs, et je me retrouve en moins de deux sur le trottoir, sac à dos à mes pieds, ma chemise déchirée et tachée de sang, mes pantalons beiges enduits de boue jusqu’à la ceinture. Alors que je pénètre dans la gare d’autobus, j’entends mes bottines de marches cracher l’eau accumulée… splouche, splouche, je sème mes traces sur le plancher de tuiles.
— Un billet pour Bangkok, s’il vous plaît !
— C’est un autobus « première classe » avec service spécial, rétorque la préposée en me dévisageant.
— En plein ce qu’il me faut, lui dis-je, en dépliant sur le comptoir ma liasse de billets détrempés.

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