Sa Pa… un retour en première 2

En revanche, la route qui grimpe vers Sa Pa n’a rien perdu de son charme. Les cimes nuageuses, les ravins profonds, les torrents de montagne, les rizières en terrasses, les bosquets de pins. Tiens, je crois même reconnaître celui à l’ombre duquel j’avais passé une heure aux côtés de notre jeep en panne, lors de mon premier voyage.
L’air est de plus en plus frais, la brise et le soleil naissant achèvent de dissiper la brume. De col en col, on aperçoit la route qui s’accroche, toujours plus haute. Les gens que l’on croise sur la route sont maintenant Mong, la principale ethnie montagnarde de la région. Vêtus de leurs costumes indigo, ils portent sur leur dos, ici une charge de bois, là un panier rempli de riz ou d’herbes de montagnes. Les jeunes, à demi vêtus, nous envoient la main devant leurs huttes de chaume.

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— Hello ! Hello ! lancent-ils tous à la volée. Voilà qui semble devenu le réflexe de tout Vietnamien, montagnard ou citadin, lorsqu’il aperçoit un Étranger… même à l’autre bout de la vallée. Il n’en crie que plus fort et plus longtemps.
La route s’est nettement améliorée depuis mon dernier passage. Les ponceaux à demi défoncés sont maintenant tous remplacés par de véritables structures de béton. L’asphalte est complété, les canaux de dérivation d’eau maintiennent la chaussée propre et sèche. Par contre, les virages en épingle sont toujours aussi impressionnants et nous envoient cogner les uns contre les autres dans notre beau minibus neuf.
Un panneau annonce l’entrée de la ville de Sa Pa. Quelques kilomètres plus loin, nous atteignons le centre-ville. Quels changements ! L’église, encore à l’état de ruines il y a moins de deux ans, a été entièrement rénovée et semble maintenant le centre d’attraction du village, et le point de rassemblement des jeunes de toutes ethnies. Devant, on est à aménager un parc. Les sentiers de pierre sont tracés, les lampadaires installés, de grands conifères élancés y côtoient des dattiers et des pruniers. Entre les allées, plusieurs espaces sont encore libres, attendant probablement le printemps pour y accueillir fleurs et arbustes. La rue principale a été nettoyée et semble maintenant plus large, plus accueillante. Plus loin, au bas d’un escalier de pierre, j’entrevois le marché, également reconstruit à neuf.

Notre minibus s’engage dans une montée abrupte, puis, après quelques virages serrés, s’immobilise à l’entrée de l’hôtel. Un bel agencement de bois, de pierres et de briques qui s’intégre parfaitement aux alentours. Une vue saisissante du village et des montagnes environnantes. Une atmosphère de chalet de ski autour du foyer où crépitent les bûches. Et puis, malgré l’absence de neige, malgré le fait que cette fête ne soit pas du répertoire vietnamien, nous sommes tout de même le 24 décembre !

Mais le plus gros changement n’est pas au niveau de l’architecture ou de la rénovation des lieux. Ce qui me frappe encore plus est le comportement de toute une ethnie, celle des Zao rouges, ainsi nommés en raison de leurs flamboyantes coiffes écarlates. Il y a quelque temps encore, les femmes Zao venant au marché de Sa Pa, étaient les plus timides, se sauvant des étrangers, refusant toute conversation, et surtout, n’acceptant sous aucun prétexte d’être prises en photo. Voilà qu’aujourd’hui elles nous accueillent dans le lobby de l’hôtel, se mélangent aux étrangers, posent pour les photographes, discutent avec trois mots d’anglais, et marchandent leur artisanat. Je découvre également que la plupart d’entre elles parlent maintenant vietnamien… ce qui facilitera la conversation et permettra de pénétrer un peu leur monde et leur vie.

Elles ont bénéficié, me dit-on, d’un projet d’une ONG venue les aider à tirer profit de leur extraordinaire artisanat, et de cette manne que représentent les touristes. Elles ont également bénéficié de l’ouverture et de l’amabilité du directeur de l’hôtel, qui a su les accueillir et les intégrer à son établissement. Elles se promènent à leur aise dans les lobbys, salons et jardins, brodant, cousant, discutant ou se reposant, créant une véritable féerie de couleurs et de mouvements.

Et ce sera un étonnant Réveillon qui mettra en vedette un Père Noël blanc et rouge monté sur un buffle d’eau, entouré de Mong indigos, de Zao multicolores, de Vietnamiens découvrant à la fois les coutumes des un et des autres, et d’étrangers soufflant des volutes de vapeur de leurs joues empourprées. Un bien curieux mélange de Jingle Bells, de chants Zao, de flûte Mong. Un Réveillon qui n’aura – enfin – conservé de Noël que son message d’amitié entre les peuples.

Le lendemain matin, je chausse mes fidèles bottines de marche, celles qui m’accompagnent depuis mon tout premier trajet autour du monde. Elles ont perdu de leur panache, mais sous leur semelle striée, les souvenirs s’accumulent, un grain de sable de Polynésie, du pollen de Nouvelle-Zélande, une déchirure sur un caillou de I’Himalaya, une odeur de Birmanie, un frisson de Pôle Nord, un coup de soleil de Moyen-Orient… Je les sens revivre alors quelles tâtent les cailloux des sentiers, les boues des rizières, les eaux froides des torrents de montagnes.

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