Sa Pa… un retour en première 3

Avec ma Vietnamienne, nous partons explorer quelques villages aux alentours. Villages éclatés aux maisons égrenées sur les flancs des collines, au milieu des rizières-terrasses. La moisson est terminée, les champs sont vides. La grande mosaïque des montagnes a troqué ses tons de verts-été ou d’ocres-moisson pour ceux plus feutrés d’hiver. Gris des brumes mouvantes, bruns des champs en friche, cendrés des rochers à nu perçant à travers les arbustes maigrelets. De loin, les rizières en terrasse, dépourvues de leur couverture verte, ressemblent à une vaste toile impressionniste, toute en tons de bruns, où des centaines de petits lopins brun clair sont délimités au crayon brun foncé dans un assemblage géométrique de courbes et de niveaux.

Sapa Vietnam
Nous quittons la route gravelée pour descendre un étroit sentier menant à la rivière que l’on voit briller tout en bas. Sur un plateau, un groupe d’une dizaine de Mong nous regarde passer avec curiosité. Vieilles dames aux oreilles distendues sous le poids des bijoux, jeunes mamans avec leurs marmots sur le dos, enfants plus âgés s’accrochant aux tuniques de leurs mères. Tous et toutes vêtues de pantalons, de tuniques et de turbans indigo.

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À chaque approche de maison, c’est le concert des chiens Mong. De petites bêtes rachitiques au pelage jaune ou brun. Ils jappent et tremblent tout à la fois à la vue de cet Etranger aux allures bizarres. La plupart sont si apeurés, malgré leurs aboiements féroces, ils reculent sous les maisons où les porcheries, pour n’en ressortir qu’une fois la voie libre. S’ils font mine d’avancer, un jeune Mong leur lance un caillou ou leur agite un bout de bois devant le museau.
— Ca va. Laissez passer l’Etranger.
Le sentier que nous avons choisi s’arrête devant une hutte en bois. Le chaume du toit, par contre, a été remplacé par de larges plaques de tôle ondulée, moins esthétiques, mais sûrement plus résistantes aux assauts des pluies. Devant la hutte, sur l’espace de terre battue qui en forme la terrasse, le propriétaire s’affaire à peler, puis à embrocher quelques petits animaux. Sur sa hanche, bien agrippé aux franges de la tunique de Papa, fiston regarde la scène avec intérêt. Le père relève la tête et me sourit. Encouragé, je m’avance pour le regarder travailler. Sa brochette préparée, il entre à l’intérieur et l’installe à rôtir au-dessus du feu dans le coin cuisine. Je pénètre à sa suite, voulant faire une photo. La scène me semble peu banale- sauf probablement pour le cuisinier -, un plancher de terre battue, quelques chaudrons autour d’un feu à même le sol, un Mong tout habillé de violet tenant son petit dans ses bras… et sur le feu, trois rats embrochés dont les queues, facilement reconnaissables, pendent au-dessus des braises.
De retour à Sa Pa, nous retrouvons notre petit groupe de vendeuses Zao. Aux femmes plus âgées se sont rajoutées, en congé d’école cette fin de semaine, May Phan et Su May, dix et douze ans, et quelques-unes de leurs amies. Même ces jeunes portent le costume traditionnel Zao. Une tunique bleu marin aux ourlets richement brodés de couleurs vives où domine le rouge, un ceinturon, un foulard et un sac en bandoulière de même tissu et de mêmes motifs. Quant à leur coiffe, les jeunes ne portent qu’un simple foulard écarlate, noué par devant ou par derrière. La plupart ont déjà de larges anneaux d’argent aux oreilles. Elles sont vraiment mignonnes, avec leur sourire généreux, leurs dents immaculées, leurs yeux d’amande et leurs visages de lune.
— Venez-vous toutes du même village ?
— Oui, entonnent-elles en choeur. De Ta Pin.
— Elle, c’est ma jeune soeur, ajoute Su May. Et elle, c’est ma copine, elle aussi…
— C’est loin Ta Fin ?
— Oh non, lance May Phan candidement, à peine trois heures de marche.
— Et si on y va demain pour vous visiter, vous y serez toutes de retour ?
— Oh oui ! Ce soir, nous couchons au marché de Sa Pa, demain matin, nous rentrerons. Vous viendrez visiter nos maisons.
Nous avons dignement fêté Noël, bu le champagne et dégusté la dinde aux atacas, chanté les cantiques et échangé les cadeaux. Déjà le 26 décembre, il est temps de reprendre la route des collines. J’aurais bien fait les sept kilomètres à pied… mais ma Vietnamienne est d’un autre avis. De toute manière, après avoir pris congé de nos chauffeurs de motocyclettes à la barrière de Ta Fin, il nous restera encore quelques kilomètres de marche à faire pour rejoindre le village Zao… de quoi s’imprégner plus profondément du paysage.

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