Sa Pa… un retour en première 4

Un squelette d’église, souvenir d’un passé colonial français, trône sur un promontoire. Voilà notre point de rendez-vous avec May Phan, Su May et leurs compagnes. Elles nous y attendent avec un bouquet de fleurs sauvages, cueillies à l’ombre des ruines de pierre. Puis nous partons en direction de leur hameau.

Quelle belle scène de voir ma Vietnamienne marchant, main dans la main, avec nos jeunes amies Zao. La route vient d’être refaite à neuf. La terre nouvellement brassée est d’un brun jaune brillant sur lequel le rouge des costumes Zao ressort, telles des fleurs sur une toile de Gauguin. Nos poumons boivent l’air frais du matin et nos yeux s’offrent des horizons lointains, si rares à Hanoi. Mes amies m’ont épinglé à la boutonnière un petit grelot d’argent en guise de souvenir. Il marque le rythme de nos pas, alors qu’au loin, on entend le cliquetis des grelots de bois des petits chevaux qui paissent dans les rizières asséchées.

— Il faut descendre ici, nous annonce Su May. Ma maison est là-bas, au flanc de cette colline, de l’autre côté de ce vallon.
Et de vallon en vallon, de colline en colline, nous visitons les demeures. Toutes semblables. Un enchevêtrement de poutres de bois, de murs de planches, de toits de chaume. À l’intérieur, il règne une obscurité étonnante, malgré une ampoule qui reste allumée même le jour, alimentée par une petite génératrice hydro-électrique placée dans le ruisseau avoisinant. Un plancher de terre battue. Un grenier où sont suspendues des grappes d’épis de maïs. Des paravents de bois derrière lesquels se cachent un ou deux lits. Voilà la « chambre » de Su May et de ses frères et soeurs. Une ficelle retient quelques vêtements, une planche sert de table d’étude. Su May nous montre ses cahiers d’école. Elle apprend en vietnamien seulement. Le zao ne s’apprend pas, me confie-t-elle naïvement, on n’a qu’à le parler à la maison. Je crois comprendre qu’il s’agit d’une langue orale avant tout. Il fut un temps où certains, plus lettrés, apprenaient les caractères chinois, qu’ils appliquaient alors à leur langue. Depuis quelques décennies, toutefois, l’habitude est plutôt d’utiliser l’écriture vietnamienne de manière phonétique pour transcrire les sons zao.

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Tous les enfants semblent fréquenter l’école. Même les filles, ce qui me fait vraiment plaisir. Trop souvent, les familles ne voient pas l’utilité d’éduquer leurs filles.
— Il faut aller à ma maison maintenant, insiste May Phan. C’est la plus loin de toutes, tout à fait à l’autre bout du village.
Longeant un ruisseau, nous croisons quelques petites cabanes, desquelles dépassent des troncs creusés qui se remplissent et se vident d’eau en alternance.
— C’est pour moudre le riz, m’explique May Phan devant ma curiosité. Tu ne connais pas ça ?
— Attendez-moi ici, je dois aller voir… tu sais, chez moi, on n’a pas de ces trucs.
Effectivement, à l’intérieur de la case, se trouve le système de pilonnage hydraulique du riz. Rien de plus simple… le tronc- creuset, dans son mouvement de montée-descente, actionne un pilon de bois qui s’abat lourdement sur le riz placé dans un creuset de pierre.

Alors que nous grimpons vers la maison de May Phan, le ciel se couvre peu à peu. Les nuages roulent au-dessus des cimes des montagnes, puis piquent vers le fond des vallées. Nous devons traverser quelques ruisseaux qu’enjambent, en guise de ponts, de simples madriers de bois équarri. De chaque côté des rives, de grandes graminées agitent leurs épis dorés, tels autant de fanions battant sous le vent. Les pêchers sont en fleurs. Curieusement, le pêcher perd toutes ses feuilles avant que n’éclatent ses centaines de fleurs blanches ou rouges qui décorent ses branches dénudées à la manière de guirlandes. L’effet est saisissant. Su May insiste pour se faire prendre en photo sous les ombrelles de pétales blanches. Petite fleur zao, au turban rouge coiffant sa figure de lune, tenant de sa main relevée une branche couverte de touffes ouatées.

La maison de May Phan est identique aux autres. Près de l’entrée, un coin-cuisine où brûle un feu de bois. La fumée s’accumule sous le plafond, avant de s’échapper à l’extérieur à travers le toit de chaume. Dehors, une légère bruine s’est mise à tomber et la lumière, qui réussit tant bien que mal à filtrer au travers des fentes des murs, est de plus en plus grise.

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