Sa Pa… un retour en première 5

En visitant les « chambres », je remarque qu’un seul des trois lits possède son moustiquaire.
— Tu dors sous un moustiquaire, May Phan ?
— Non, me répond-elle, seulement mes parents. Nous n’en avons qu’un. Ils coûtent 40 000 dongs chacun, alors…
— On peut les acheter à Sa Pa ?
— Oui, bien sûr…
— Quand retournerez-vous à Sa Pa ? dis-je en m’adressant à toutes celles qui m’entourent.
Elle ne voit pas encore tout à fait où je veux en venir avec ces questions.
— En fin d’après-midi, répondent-elles en choeur.
— À pied ?
— Ça dépend, poursuit May Phan en souriant, peut-être à pied, peut-être aurons-nous la chance d’une moto ou d’une voiture.
Alors que nous reprenons le chemin du retour, ma Vietnamienne et moi avons la même idée. Nous inviterons May Phan, Su May et leurs copines à manger avec nous ce soir.
— Seize heures trente, devant l’église, leur dis-je. Puis nous verrons où vous désirez aller.
Elles opteront finalement pour une pho. Chacune un grand bol quelles avaleront avec appétit. Dans le petit restaurant qu’on a choisi, quelques voyageurs nous regardent avec surprise. Ma Vietnamienne et moi présidons à une tablée de 6 petites Zao, en plus d’un paysan Zao, rencontré sur la route de Ta Fin, et qui s’est joint à nous à la dernière minute.
Puis nous leur offrons les moustiquaires achetées plus tôt pour elles. Leurs mercis généreux seront les plus beaux cadeaux de ce Noël montagnard. Nous échangeons nos adresses, promettons de leur envoyer des photos. De leurs sacs de toile, elles sortent des bracelets de métal et des sacoches de jute quelles nous laissent en souvenir. Le paysan, à qui j’aurais donné la trentaine malgré ses 53 ans bien sonnés, y va d’une requête. Ne pourrait-on pas lui envoyer un livre vietnamien- anglais afin qu’il puisse apprendre quelques mots d’anglais pour converser avec les Etrangers ? Il voudrait de plus écrire un lexique zao-vietnamien-anglais, à l’usage de sa famille et de son village. Difficile de refuser une telle demande…
— Vous reviendrez nous voir, nous demandent-elles à la sortie du restaurant ?
— J’espère… j’aimerais bien… j’essayerai… Tiens, May Phan, inscris-nous ton adresse ici. Nous t’écrirons et t’enverrons les photos que nous avons faites à Ta Fin.
Sur le trottoir, avant de prendre chacun nos directions respectives, je prends May Phan par les épaules, balance une tapoche amicale à Su May, tire le foulard d’une autre petite.
— Demain, nous allons à Bac Ha, nous devrons partir tôt. Dormez bien les copines…

Sa Pa Vietnam

Nouveau matin, nouveau départ : Bac Ha. Voilà la destination à la mode pour qui veut découvrir les ethnies montagnardes du Nord-Vietnam dans un environnement sans infrastructure touristique. Voilà d’ailleurs comment tout avait commencé à Sa Pa, il y a quelques années. Le marché hebdomadaire pour lequel se rassemblaient les femmes montagnardes avait attiré au départ les backpackers. Puis à mesure que se développait l’infrastructure touristique, et qu’affluaient les visiteurs de deuxième ligne, les pionniers-voyageurs trouvaient un coin plus reculé, plus nouveau. Aujourd’hui, c’est Bac Ha, puis l’exploration se poursuivra ailleurs, lorsque les touristes auront emboîté le pas.

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Mais l’attrait de Bac Ha ne tient pas seulement à sa nouveauté pour les voyageurs. Le marché du dimanche y attire une des ethnies les plus colorées : les Mong Fleuris, nommés ainsi en raison de leurs flamboyants costumes multicolores, et de leurs tissus aux motifs fleuris.
Evidemment, la route pour s’y rendre est longue, pénible, poussiéreuse. Le dernier pont est en mauvais état nous annonce-t-on, et nous devons laisser d’un côté notre minibus trop lourd, pour faire les vingt derniers kilomètres entassés dans des véhicules plus petits qui, eux, ont obtenu F autorisation de passer.
Mais le trajet en vaut la peine, jamais je n’ai vu de marché aussi coloré. Une féerie de costumes, tous plus éclatants les uns que les autres. La place du marché est absolument envahie, surtout de femmes, descendues des collines avoisinantes, la plupart accompagnées de petits chevaux qui transportent, dans un sens les articles à vendre, et dans l’autre, les vivres achetés.
Elles sont Mong, Tay ou Phu La, peut-être même Bo Y, Giay ou Lo Lo. Difficile de faire la différence entre tous ces costumes colorés. Mais du moins puis-je reconnaître facilement celles que l’on nomme Mong Fleuris. Sur des fonds de costume de velours noir, bleu ou vert, unis ou fleuris, s’éclatent en broderie multicolore des ourlets, des franges, des foulards, des écharpes, des ceinturons multicolores et richement travaillés. Le rouge, l’orange, le violet y alternent avec le jaune, l’ocre et le safran. Les coiffes sont de larges foulards rouges ou verts, pliés en formes complexes ou attachées sous le menton. Ces milliers de femmes fleurs se déplacent, s’entremêlent, se rassemblent et se dispersent sous l’effet d’une brise imaginaire. De loin, on dirait une immense tapisserie dont les couleurs, ne tenant pas en place, se réarrangent continuellement pour former de nouveaux tableaux.
Ce qui frappe également, c’est leur apparente indifférence aux Etrangers qui, comme moi, ne peuvent résister à l’envie de faire du lèche-vitrine et de prendre des dizaines de photos. Elles ne semblent pas se préoccuper de nous, ni pour tenter de nous vendre leur marchandise, ni même pour jeter un regard curieux sur nos mines inhabituelles.
Tout au plus, dans un coin, certaines vendeuses de produits artisanaux, servent les étrangers qui se montrent intéressés. Elles ne parlent ni anglais, ni même vietnamien. Qu’à cela ne tienne… seuls les doigts sont requis pour négocier le prix.
Au terme d’une longue journée, allongé sur ma couchette, bercé du roulis du train qui nous ramène doucement à Hanoi, défilent dans ma tête les images des derniers jours. Mais c’est avant tout les sourires de Su May et de May Phan que je rapporte avec moi. Deux visages magnifiques de petites Zao, vives, intelligentes. Que deviendrez-vous plus tard ? Quel genre de vie vous a-t-on réservé ? Aurais-je la chance de vous revoir lorsque vous aurez une famille bien à vous ?

 Für mehr Infos: Rundreisen und Baden Vietnam

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