Sa Pa… un retour en première

Dans le taxi qui me mène à la gare de Hanoi, je songe à ce premier voyage dans les montagnes du Nord-Vietnam. Premières découvertes des ethnies montagnardes, Mong, Zao… Premières photos des pics vietnamiens ouatés de brume et de bruine. Presque cinq ans déjà.
Est-ce cette pensée qui suscite en moi ce regard aux allures de bilan ?
Hanoi est passée, en quelques années, de l’ère du vélo à celui de la moto. Et que dire des voitures, presque inexistantes il y a cinq ans, alors que, maintenant, j’en croise à tous les coins de rue ? Les vieilles bagnoles russes aux allures de chars d’assaut, les vieux autobus chinois essoufflés et rouillés sont toujours là, mais ils côtoient maintenant autant de jeunes Coréennes, Européennes, et Japonaises surtout, de toutes formes et de toutes couleurs.

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À l’horizon se découpent les silhouettes de quelques hôtels gratte-ciel… nouveaux évidemment. Nouveaux également ces feux de circulation, ces enseignes lumineuses, ces boutiques de vêtement ou de sport, et ces minis supermarchés qui concurrencent maintenant les étals de rue.
Décidément, elle a changé de robe ma ville. Comme une adolescente en mal de sensations, elle grandit, et se veut faire moderne. Heureusement qu’elle a réussi, du moins à ce jour, à conserver son charme et son atmosphère enjouée.
Certaines autres choses ne changent pas… le train met toujours neuf heures à franchir les 280 km menant à Lao Cai, à la frontière de la Chine. Un rythme bien pratique toutefois puisque, partant le soir, nous pourrons toute la nuit nous faire bercer par le cliquetis des rails. Personne, d’ailleurs, ne souhaiterait descendre en gare de Lao Cai, horrible ville frontalière, avant l’aube.
Si le trajet n’est pas plus court, ma nuit, en revanche, sera bien plus moelleuse. En cette veille de Noël, je laisse aux autres les wagons enfumés et bruyants où l’on s’entasse à 6 par compartiment, allongés sur des couchettes dures, sans pouvoir utiliser les couvertures de laine qui y trament depuis des lunes, de peur d’avoir à donner de son sang aux puces et punaises qui y voyagent sans billets. Cette fois-ci, j’inaugure un nouveau service… première classe SVP. Compliment d’un hôtel multiétoile récemment ouvert à Sa Pa, et dont les promoteurs ont eu l’idée d’aménager quelques wagons du train de manière un peu plus confortable. Quatre passagers par compartiment, des portes coulissantes qui nous isolent des bruits extérieurs, des draps et des oreillers propres et moelleux, des toilettes récurées à chaque trajet, même un sandwich en cas de fringale nocturne. Le grand luxe, quoi!
Non pas que je dédaigne, dorénavant, mes bottines de marche, mon sac à dos et le niveau de confort auxquels je les ai habitués. J’y reviendrai c’est certain, mais aujourd’hui, je leur fais découvrir autre chose. La variété a bien meilleur goût. Et puis, une fois à Sa Pa, nous aurons tout le loisir de renouer avec la poussière des sentiers.
On frappe à la porte du compartiment.
— Cinq heures ! On arrive ! Tout le monde debout !
Les yeux embrumés de sommeil, je tâche de voir à l’extérieur où nous en sommes. Peine perdue, la vallée est recouverte d’une épaisse brume, et les vitres du train dégoulinent sous la bruine.
Par contre, à la descente du wagon, une fraîcheur vivifiante, une odeur de montagne, d’herbe et de pluie.
Lao Cai a grandi également. Royaume des arnaqueurs et resquilleurs de tout acabit, voilà qu’eile tente de se refaire une réputation auprès des voyageurs de plus en plus nombreux. Disparue, la horde sauvage de chauffeurs de motocyclettes et d’autobus, de vendeurs de pain et de boissons, de cireurs de chaussures qui vous assaillaient dès le pied posé hors du train… J’arrive à peine à le croire, le quai de la gare est presque vide, la descente se fait tout en douceur, sans bousculade, tandis que des haut-parleurs, tant en vietnamien qu’en anglais annoncent la direction et même le prix des autobus pour Sa Pa et Bac Ha. Vraiment, quel changement, quelle évolution ! J’en suis bouche bée. Je me rappelle cet incident où, lors d’un voyage précédent, le chauffeur du bus avait annoncé, en plein trajet, une augmentation du tarif pour étrangers. Je me souviens de ces deux jeunes voyageurs qui, intransigeants dans leur refus de payer quelques dongs de plus, s’étaient fait expulser, corps et bagages, sur le bord de la route.
Nous rejoignons la flotte de minibus, alignée bien sagement devant la gare. Toutefois, malgré un soleil qui travaille vaillamment à percer le brouillard matinal, la ville n’a guère amélioré son image. Des rues boueuses, des maisons délabrées, Lao Cai n’a rien pour attirer le visiteur. Une jonction, un transit, un arrêt obligatoire en route vers la Chine, ou en direction des montagnes du Nord-Vietnam, voilà, semble-t-il, sa destinée.

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